lundi 9 août 2010

Lev Grossman - The Magicians

C'est en suivant les commentaires de lecture d'une autre amazonaute que j'ai découvert "The Magicians". Et j'ai été bluffée.
L'histoire est composée de quatre parties. La première ressemble à du Harry Potter avec un ado (17 ans), brillant intellectuellement mais mal dans sa peau, isolé, amoureux éconduit de sa meilleure amie qui ne sait ni qui il est ni où il va. Tout d'un coup son monde et ses certitudes basculent. Il découvre un monde rempli de magie et se retrouve à vouloir intégrer la seule école de magie américaine existante (ultra sélective hein, ils ne prennent que 20 candidats par an).
Quentin va devoir étudier pendant cinq ans dans cette école, loin de ses amis et de ses repères habituels. Il se retrouve dans un magnifique campus universitaire où tout semble tourner autour de la compétition intellectuelle, bref cela rappelera forcément aux initiés leurs années de classe prépa... Cette deuxième partie m'a beaucoup fait penser à "The Secret History" de Donna Tart ("Le maître des illusions" en français).
Ce qu'on devinait depuis un certain temps devient de plus en plus prégnant, et on quitte un monde idéal de magie et d'émulation intellectuelle pour un univers d'ennui qui ne se rompt que grâce à l'alcool, aux fêtes sans fin et à toute heure et aux coucheries (voire aux orgies) répétitives. La quête d'idéal de Quentin et de ses amis se fracasse au quotidien de la réalité, à la manière de ce qui est décrit dans Revolutionnary Road. Et l'univers d'un jeune qui a tout mais ne trouve rien, promène son ennui dans un monde luxueux et bousille son existence fait bien sûr penser aux personnages de Bret Easton Ellis.
Paradoxalement, alors même qu'on assiste à une décomposition de l'univers et des rêves de Quentin, on voit de manière de plus en plus directe une mise en abyme avec des récits imaginaires de gamins se promenant dans des mondes fantastiques à la Narnia, récits qui ont bercé toute l'enfance de Quentin. C'est que ce récit est moins une histoire divertissante sur un magicien en devenir qu'un roman initiatique montrant l'évolution douloureuse de l'adolescence vers l'âge adulte, évolution qui ne peut se faire que quand on est en paix avec ses aspirations originelles développées dans l'enfance.
Je multiplie les références faciles, car la lecture des Magicians s'y prête. L'auteur est très cultivé, ce qui donne un charme supplémentaire à l'ouvrage (malheureusement j'ai l'impression que beaucoup d'auteurs de fantasy anglo-saxonne n'ont pas lu grand chose avant...). L'histoire est belle, bien écrite (quoique stylistiquement, j'ai préféré dans le même genre Susanna Clarke) et ne s'adresse absolument pas à des enfants ou même à des ados. C'est un monde dur, cru, qui ne laisse rien passer aux héros qui d'ailleurs n'en sont pas. Ce livre n'est hélas pas encore traduit en français, j'espère qu'il le sera rapidement il le mérite vraiment (quand je pense aux navets qui à côté de cela sont traduits quasi immédiatement en français...).
PS: Ceci dit, bien que ce soit une réussite, je trouve ce récit inférieur à Jonathan Strange & Mr Norrell, ne serait-ce que par la moindre inventivité et parce que Jonathan Strange m'a fait pleurer alors que Quentin n'est qu'un personnage prodigieusement tête à claques (c'est son personnage qui veut cela, mais bon...).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire